Stocker du carbone dans des forêts « vieillies » ?

By | décembre 20, 2017

L’ultime argument présenté en faveur de la sylviculture dynamique serait l’importance de stocker du carbone hors forêt, en substitution à des matériaux ou énergies plus fortement émetteurs de CO2. Ce serait le rôle d’atténuation des changements climatiques assigné à la forêt. Le PFN indiquait en 2006 : « il importe d’optimiser et de pérenniser la capacité de séquestration du carbone par la forêt, menacée de décroître dans des peuplements “survieillis” ». J.-M. Ballu affirme aussi en 2008 qu’« on ne peut dans une forêt maximiser à la fois le stock (sol et peuplement) et le flux exporté de carbone, or il vaut mieux stocker en continu du bois hors forêt ». La crainte est aussi de ne pouvoir tirer profit d’arbres trop gros : « il faudrait savoir récolter avant parfois de dépasser le diamètre de sciage acceptable aujourd’hui ». Or qu’est ce qu’un arbre vieux ? Qu’est qu’une forêt sur-agée en France ? La recolonisation ou la recapitalisation des forêts datent au mieux du XIXe siècle. Les plantations de l’aprèsguerre et la sylviculture classique font que les forêts françaises sont de fait relativement jeunes. 79% des arbres des futaies régulières françaises ont moins de 100 ans (DGFAR 2006), quand leur maturité écologique est d’au moins le double. L’arrivée à maturité des plantations FFN n’est qu’une maturité économique par rapport à des hypothèses de marché, des calculs d’accroissement et des contraintes industrielles. Ainsi, l’argument de la décroissance du stock de carbone dans les forêts françaises car cellesci seraient « survieillies » n’a pas de fondement écologique. Au contraire, le stockage en forêt peut fortement augmenter en allongeant les cycles de production, ou en faisant des îlots de vieillissements. Les forêts françaises, relativement jeunes, pourraient se permettre de vieillir davantage, notamment pour stocker du carbone et favoriser la biodiversité. La « surcapitalisation » dénoncée n’est en fait qu’une nécessaire capitalisation. Dans son rapport en 2003, Juillot indiquait d’ailleurs que le stockage en forêt est « entre 500 et 1 000 m3 par hectare, atteints en un à deux siècles, pour la majorité des essences en conditions normales en Europe de l’Ouest ». La CGT Forêt indiquait dans sa contribution au plan état/ONF 2012-2016 (CGT, 2011) : « Il est d’autres chiffres de l’IFN qui ne sont jamais mis en avant alors qu’ils s’avèrent fondamentaux. Ainsi montrent-ils que la forêt française dans son ensemble est riche d’un capital sur pied estimé entre 160 et 170 mètres-cubes par hectare de bois fort, ce qui est bien inférieur au capital sur pied des forêts présentes dans les pays voisins de la France. Ainsi, en Suisse, il atteint 330 m3 par hectare. Il est égal à 280 m3 par hectare en Allemagne et en Slovénie, à 250 au Luxembourg et il se situe à 210 en Belgique…». La thèse de Vallet (2005) confirme l’intérêt des peuplements plus âgés pour le stockage de carbone. Il a comparé le stockage de carbone entre une sylviculture favorisant la capitalisation sur pied et une autre substituant des feuillus à croissance lente par des résineux à croissance rapide, en prenant en compte le stockage dans le sol, aérien, mais aussi dans les produits finis. La conclusion est que la substitution des feuillus à croissance lente par des résineux à croissance rapide conduit à « un stock de carbone moyen inférieur sur le long terme ». La substitution ne serait valable, sur le plan du carbone, que si les plantations de résineux sont effectuées sur des sols pauvres et « avec un scénario long ». D’autres auteurs étrangers arrivent aux mêmes conclusions (Luyssaert et al 2008, Nunery & Keeton, 2010). Le résultat du programme de recherche de l’INRA CARBOFOR publié en 2010 (Lousteau et al. 2010) confirme que les cycles longs permettent un meilleur stockage du carbone que les cycles courts.